Rose-de-Nuit ou Le Sursis, une petite perle de S. Corinna Bille

Publié le par regardsdegauche.over-blog.com

billeroseLa valaisanne S. Corinna Bille est connue pour son univers onirique, toujours à la limite du fantastique, capable, un peu à la manière d'un Ramuz, de transfigurer le quotidien en mythe, d'extraire du quotidien les traits qui confinent à l'absolu.

Ainsi en est-il dans la nouvelle Rose-de-Nuit, petit chef d'oeuvre de poésie à l'atmosphère baroque, dans lequel Corinna Bille semble exorciser l'angoisse de la mort au travers de l'image de l'amoureuse "d'une beauté inconsciente" à qui, au seuil de la mort, on (mais qui est ce "on"?) offre un sursis pour refaire le voyage de sa vie.

Le passage vers la mort, c'est un voyage en train, d'abord ancré dans le réel (on suit le passage du Gotthard, l'arrivée dans le Tessin). Puis les frontières sont brouillées. Le train quitte les rails, se perd dans la nature, alors que les voyageurs ne comprennent pas, ne veulent pas comprendre qu'il s'agit là de leur dernier voyage. Seule, Rose-de-Nuit adroit à ce sursis. Images d'enfance, visages, angoisses refoulées affluent lors du parcours qui lui est permis de faire dans la petite ville de Suisse italienne où, petite, elle passait du temps en famille.

Devenant de plus en plus évanescente, mais aussi se décomposant, violente réalité du trépas, Rose-de-Nuit, au terme de son escapade, est prête à passer "dans l'autre monde". Car la violence du propos est, plus que dans les détails morbides, dans l'acceptation résignée de la fin.

Une lecture dont on ne sort pas indemne.

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